Le VOC ? Qu'est-ce c'est ?
conférence de Nicoh Breuers, 20 septembre 2013
"Ce soir, je vous informerai sur le commerce des épices dans le passé, au XVIIe siècle...", c'est ainsi que débuta notre ami Nicoh. C'était au dessert. Nous avions bien dîné, beaucoup papoté, nous étions détendus, rigolards...
Petit à petit, le calme se fit. C'était notre président tout de même qui avait pris ainsi la parole, discrètement, mais fermement comme à l'accoutumée. Car, oui, nous étions presque accoutumés à ces belles histoires de l'ami Nicoh : le grand krach de la vente des oignons de tulipes, schwartz Piet... Président de notre club pour 2012-2013, Nicoh avait souhaité nous faire connaitre son pays, les Pays-Bas... et c'est d'ailleurs vers le septentrion, vers ce plat pays -Pays-Bas, pas Hollande qui n'en est qu'une des provinces, maintenant chacun d'entre nous est au courant-, qu'il avait choisi d'emmener le club lors du voyage annuel de sa présidence !
Mais ... nous n'y sommes pas encore... ce sera une autre histoire que l'on vous racontera ici. D'abord nous devions tout savoir des ... V. O. C.
C'est le commerce des épices qui est à l'origine de la fondation des compagnies V. O. C. en Hollande, et de leur implantations aux Indes (= Indonésie, mais oui, vous savez bien on disait "les Indes orientales" à cette époque-là). Leur création eut lieu en 1602 et fut suspendue en 1799 ; elle dura donc près de 200 ans.
A cette époque, la compagnie V. O. C. était la plus grande entreprise mondiale, la première société anonyme par actions. Ces actions étaient négociables sans restrictions. Le but des V. O. C. était clairement de conquérir le monopole du commerce des épices en Asie, principalement en Indonésie et dans ses îles, et d'encourager le commerce passant par les côtes orientales de l'Afrique et l'Afrique du Sud, ou à l'ouest le détroit de Magelan, l'Amérique du Sud.
Donc, avant de parler des V. O. C., il faut préciser quelques points concernant le commerce des épices même. Il existait déjà durant l'Antiquité. Par opposition à la route de la soie qui joignait la Chine au Moyen Orient à dos de chameaux, la route des épices passait principalement par bateaux. Partant d'Indonésie, traversant l'océan Indien, aboutissant à la mer Rouge et dans le golfe Persique, porte des clients européens.
En Syrie, au bord de l'Euphrate, on a retrouvé sur le site archéologique mésopotamien de Terqa, dans la maison d'un certain Puzurum, un vase contenant des clous de girofle datant de 1721 avant notre ère. Or ce site est à 10000 km à l'ouest des Moluques du Nord qui furent jusqu'aux 16e /17e s. les premières "îles des épices", source unique d'approvisionnement en clous de girofles !
Les clous de girofle étaient vendus de commerçant en commerçant, constituant une chaine d'Est en Ouest dont l'un des centres majeurs était Bahrein, nommée à l'époque Dilmun, considérée comme le jardin d'Eden et lien important sur les routes commerciales entre Sumer et la vallée de l'Indus.
Depuis l'Egypte, dès la 5e dynastie (25 siècles avant notre ère), les pharaons organisaient des expéditions à la recherche de ces épices, vers le Sud, le pays de Pount dont la localisation est encore mal connue, sur la côte de la mer Rouge, dans la région africaine de la Somalie, de l'Ethiopie. L'une de ces expéditions fut celle qu'ordonna Hatchepsout (1508-1458 avant notre ère) qui fit représenter le pays de Pount sur les murs de son temple funéraire, à Deir el Bahari.
Au 10e siècle avant notre ère, le roi d'Israël Salomon envoya également des expéditions vers le Sud, usant des voies commerciales des Phéniciens.
Par cette route, aussi dénommée route de l'encens,
étaient importés vers la Méditerranée, entre le 3e siècle avant notre ère et le 2e siècle de notre ère, l'encens, la myrrhe d'Arabie du Sud, mais aussi des épices d'Inde, l'ivoire et l'or d'Afrique.
Une première période florissante pour les épices fut l'Antiquité, grecque et romaine. Dans le livre de cuisine destiné aux riches romaines écrit par Apicius, au 1er siècle après J.-C., sur 468 recettes, 349 étaient accomodées avec du poivre utilisé dans des tartes, toutes sortes de sauces, des vins et des desserts.
A partir des Ptolémées, derniers pharaons d'Egypte, et à l'époque romaine, le commerce avec l'Inde passait par le golfe Persique, le site de Myos Hormos récemment fouillé, puis la route terrestre bordée de fortins militaires qui rejoignait la vallée du Nil à Coptos, puis la voie fluviale jusqu'à la Méditerranée.
Avec les conquêtes arabes du 7e siècle, l'Europe chrétienne est coupée de l'océan Indien. Ce commerce prend fin, ou se modifie. Avec la prise de Constantinople en 1453, il est désormais aux mains des Arabes.
Les états italiens parmis lesquels Venise et Gênes se partagent le monopole du commerce avec les Arabes. Ils achètent les épices à Alexandrie surtout et les revendent à toute l'Europe.
Vers 1500, les Européens sont à la recherche d'autres routes, évitant l'intermédiaire des Arabes, pour établir un commerce direct, à la source. Le portugais Vasco de Gama, en 1498, est le premier européen à atteindre Calcutta (alors Calicut) en contournant l'Afrique par le cap de Bonne Espérance.
Le cap de Bonne espérance
Les Portuguais doivent se battre avec les commerçants arabes, vaincus grâce à une découverte nouvelle, le canon !
Le commerce par la Méditerranée est donc très nettement ralenti, voire interrompu, ce qui ruinera Venise et Gênes.
En 1509, Alfonso de Albuquerque jette les bases d'une implantation portugaise en Inde.
Il sera gouverneur des Indes portugaises de 1509 à 1515. Trois comptoirs sont alors fondés : Ormuz (en 1507) sur le golfe Persique ; Goa (en février 1510) sur la côte occidentale de l'Inde ; Malacca (en 1511) en Malaisie.
Pour protéger leurs routes, les Portugais construisirent des forts tout au long de côtes africaines. Cependant, vu l'insuffisance des navires et du personnel chez les Portugais, les commerçants arabes rétablirent un circuit par la mer Rouge.
En 1581, Philippe II d'Espagne, fils de Charles Quint et d'Isabelle de Portugal, obtint la couronne du Portugal, et donc aussi les comptoirs portugais.
La République des Provinces unies, en gros le Nord des Pays-bas d'aujourd'hui, entre en guerre pour 80 ans contre les Espagnols et profite de la défaite de l'Invincible Armada espagnole devant les côtes anglaises en 1598. Les possessions portugaises du Brésil, de l'Afrique, de l'Asie devinrent zones à conquérir pour les Provinces unies (Hollande).
Sur des informations transmises par un secrétaire (d'origine hollandaise) de l'archevêque de Goa (lui-même portugais), quatre premiers navires hollandais sont envoyés avec Cornelis de Houtman ; trois en revinrent chargés, pleins à ras bord d'épices. Les bénéfices sont tels qu'on décida d'autres expéditions. En cinq ans, 15 expéditions sont financées, soit un total de 65 navires. Parallèlement, durant le même temps, les Portugais n'affrètent que cinq navires.
Diverses compagnies sont créées dans les Provinces unies, à Rotterdam, à Delft, à Hoorn... Les flottes qui réussissent à revenir permettent des bénéfices atteignant jusqu’à 265 %, mais ceux-ci pourraient être encore accrus s’il n’y avait une multiplicité de compagnies se faisant une concurrence effrénée en Asie.
Aussi, le 20 mars 1602, il est décidé de les réunir en une seule compagnie, les V. O. C. = Vereenigde Oost-Indische Compagnie, Compagnie réunie des Indes orientales, qui seule avait le droit de commerce avec l'Asie.
Les V. O. C. étaient la première compagnie mondiale fonctionnant par actions lesquelles étaient vendues pour au moins 10 ans, achetées par des commerçants, des artisans, de riches veuves... Rien qu'à Amsterdam, 1143 actionnaires ont investi pour l'équivalent de 93 millions d'euros. La compagnie est connue pour avoir été l’une des entreprises capitalistes les plus puissantes qui ait jamais existé, contribuant fortement à l'histoire des bourses de valeurs.
Avec cet argent, des navires de guerre sont achetés pour attaquer les concurrents, espagnols et surtout portugais. La première flotte complète prend le large le 18 décembre 1603 avec des objectifs commerciaux et militaires. Les V. O. C. possédaient entre 150 et 200 navires. Il faut bien reconnaitre qu'ils se comportaient aussi parfois comme des pirates.
Rapidement ces V. O. C. constituent une véritable puissance, avec beaucoup de pouvoirs.
La vie à bord était très rude, le recrutement des marins difficile. Pour cette raison, on recruta aussi dans d'autres pays, en Allemagne, en Russie, en Pologne, etc. L'engagement était signé pour 5 ans au moins, non inclus le voyage aller / retour. Du fait des mauvaises conditions d'hygiène et de la nourriture, il y avait beaucoup de morts en mer. D'où la construction d'une forteresse au cap de Bonne espérance pour fournir les bateaux en fruits et légumes frais, en viande, en eau... Cette forteresse s'agrandit entouré d'un grand village comptant des éleveurs de bétail, des producteurs de fruits et légumes, des vignerons...
L'Indonésie riche en épices est conquise par les V. O. C. Cherchant un point stratégique d’où organiser son commerce en Asie, la compagnie s’installe à Java mais les Anglais sont déjà présents. En 1610, elle établit un fortin à Jayakarta (Djakarta), vassale de Banten où sont les Anglais. En 1613, Jan Pieterszoon Coen est nommé directeur général de la compagnie pour son commerce en Asie. En 1619, tout juste devenu gouverneur général de la VOC, Coen prend la tête d'une flotte partie des Moluques et prend Jayakarta. Il rase la cité pour fonder la capitale de la V. O. C. en Asie, Batavia.
Puis ce fut la conquête de Ceylan (le Sri Lanka) pour le commerce de la cannelle.
Dès la première moitié du 17e siècle, les V. O. C. eurent le monopole du commerce du clou de girofle et de la noix de muscade, contracts obtenus par la force. A partir de 1677, les V. O. C. durent mener des guerres longues au centre et à l'Est de Java afin d'établir une stabilité politique dans cette région, nécessaire pour mieux traiter les affaires.
A partir de 1720, les V. O. C. devinrent uniquement une compagnie commerciale. Les principaux produits du commerce sont:
- le poivre de Sumatra, Java et Borneo
- les clous de girofle des Moluques
- la noix de muscade des îles de Banda
- le riz de Java
- le café du Yémen (la ville de Mokka !), et plus tard aussi de Java
- le thé de Chine
- le sucre de canne du Bengale (Bangladesh) et de Java
- l'opium du Bengale
- l'ivoire de Java
- le cuivre du Japon
- l'étain de Malacca
- la porcelaine de Chine et du Japon
- cent éléphants de Ceylan, vendus au prix de 70.000 euros chacun
- la soie de Chine, de Perse et du Bengale...
Les V. O. C. commerçaient aussi avec les autres pays d'Asie, dans un commerce intra-asiatique. Par exemple, l'argent du Japon était vendu aux Indes pour y acheter des tissus qui étaient vendus en Asie du Sud pour y acheter du poivre et d'autres épices... Batavia était le centre de ce système. Une centaine de bateaux servaient au commerce intra-asiatique. Ces échanges servaient à financer le retour des chargements vers l'Europe, mais ne suffisaient pas toujours pour payer la totalité des achats à destination de l'Europe, d'où un complément apporté par les V. O. C. à Amsterdam.
Le personnel des V. O. C., au début quelques milliers de personnes, compta jusqu'à 20.000 employés au milieu du 18e siècle, dont des militaires pour moitié, des marins pour un quart ; le reste du personnel était des administratifs et des commerçants.
La période la plus prospère dura de 1687 à 1736 ; les actions rapportaient de 18 à 46% de dividende.
Cependant, le rendement sur le café, le sucre, les tissus était moindre que celui sur les épices. Aussi un commerce "privé", organisé par d'anciens employés, commença à faire jour ! En 1727, on décida d'envoyer directement le thé de la Chine vers l'Europe, pour garantir une meilleure qualité à la vente sur le marché européen. La concurrence privée fut très rude. Le déclin du commerce inter-asiatique débuta dès la fin du 17e siècle.
Durant le 18e siècle, au lieu des épices, on fit venir des produits de masse comme la porcelaine. Or ces produits rapportaient un bénéfice moindre que les épices. De plus, Anglais et Français attaquaient les possessions des V. O. C. qui perdirent peu à peu de leur pouvoir. Le personnel des V. O. C., mal payé, préféra aller dans le privé, illégalement selon les V. O. C. ; certains y firent fortune.
Le déclin des V. O. C. s'explique par une forte baisse des profits, en partie du fait de la concurrence anglaise et française. Les frais d'entretien des bateaux, des forts et des militaires réduisaient encore les marges bénéficiaires. Souvent également, la comptabilité était mal tenue. Des dirigeants inexpérimentés ne surent comment réagir.
Durant la quatrième guerre entre l'Angleterre et les Pays-Bas, de 1780 à 1784, les Anglais établir un blocage des ports néerlandais. Les navires des V. O. C. ne pouvaient arriver jusqu'à Amsterdam et les Anglais en confisquaient les marchandises. De plus, en 1795, au début de la guerre avec la France, les Anglais occupèrent les colonies, à l'exception de quelques comptoirs à Java et à Canton.
Avec la fondation de la République batave sous l'Empire napoléonien, les V. O. C. furent nationalisées au profit de la République. Le 31 décembre 1799, les affaires étaient terminées.
Le 1er janvier 1800, les V. O. C. n'existaient plus.
Comme souvenir de ce temps riche de la République, on conserve de très belles maisons le long des canaux d'Amsterdam, des peintures formidables de Rembrandt, de Franz Hals, etc.
Beaucoup d'entre nous, membres du RC Arles Delta, purent les admirer pendant notre voyage en Hollande...